lundi 13 février 2012

Appel à communication colloque international "Patrimoines et humanités numériques: quelles formations?"

21, 22, 23 juin 2012

Archives nationales (Pierrefitte)

Université Paris 8

Labex Arts-H2H

Laboratoire Paragraphe

La formation au patrimoine a été longtemps articulée aux définitions du patrimoine qui se sont succédé : musées au service de l'instruction publique pour la formation du citoyen, de l'artiste ou du scientifique après la Révolution (la création de l'Ecole du Louvre en 1882 pour former « les conservateurs, les missionnaires et les fouilleurs » s'inscrit dans ce cadre), souci d'élaborer une histoire nationale (création de l'Ecole des Chartes en 1821, de l'Inspection des monuments historiques en 1830), prise en compte du patrimoine naturel dès 1906 (création de l'Ecole nationale d'horticulture en 1945 remplacée en 1976 par l'actuelle l'École nationale supérieure du paysage de Versailles). La création de l'Institut national du patrimoine en 1990, celle de l'ENSSIB en 1992 témoignent de ladaptation de la formation au développement du champ patrimonial : les futurs conservateurs doivent être des scientifiques et des gestionnaires. Les programmes prennent progressivement en compte les évolutions de la notion de patrimoine dont témoignent les différentes conventions de lUnesco, de la reconnaissance du patrimoine mondial culturel et naturel en 1972 jusquà celle sur le patrimoine immatériel en 2003 et la charte sur la conservation du patrimoine numérique la même année.

Sil nous semble opportun de reposer la question de la formation aujourdhui, cest que nous commençons à disposer dun recul suffisant pour analyser les formes de socialisation de linformation induites par le numérique : comment cette technique spécifique affecte-t-elle non seulement les savoir-faire et les compétences professionnels mais aussi la manière de penser les rapports entre les institutions du patrimoine (musées, archives, bibliothèques, sites patrimoniaux) et leurs publics?

Cette question recouvre au moins deux interrogations : la première porte sur la numérisation du patrimoine et ses effets, la seconde sur le concept même depatrimoine numérique. Celles-ci intéressent autant les institutions patrimoniales que les établissements denseignement et de recherche.

Des compétences documentaires aux modalités dédition et de communication dans lespace public numérique, en passant par lexploitation des données et des documents numériques au sein des institutions ou encore des problématiques de préservation et de conservation, de nouvelles pratiques se mettent place sans qu'en soit pensée la cohérence par rapport aux missions traditionnelles des institutions et par rapport à l'environnement dans lequel se situent les formations au patrimoine. Le contexte actuel invite à considérer la perméabilité entre les normes, les outils et les pratiques liées à la création et la gestion des documents numériques qui proviennent des institutions et celles qui se développent dans lenvironnement public du web. Par ailleurs la documentation numérique joue également un rôle considérable dans les changements de pratiques des institutions académiques et de recherche.

Aussi, le colloque se propose-t-il darticuler les nouveaux enjeux de la formation aux métiers du patrimoine avec les transformations plus générales des cultures académique et de recherche. Dans cette optique, les Humanités numériques doivent permettre de penser la relation entre les définitions du patrimoine, les modalités de circulation, dappropriation, de socialisation des ressources numériques.

Quatre axes sont proposés afin daborder les interrogations soulevées.

Axe 1 : Épistémologie du concept de « patrimoine » au XXIème siècle

Sur quels critères la catégorie « patrimoines numériques » se fonde-t-elle? Sagit-il dun ensemble de documents dorigine numérique ou convertis sous forme numérique faisant l'objet de sélections et de politiques de conservation de la part d'institutions patrimoniales mais aussi de la part de groupes sociaux, notamment de communautés? Cette conception voit dans le patrimoine le résultat de processus de légitimation. Elle occulte toutefois la dynamique à loeuvre dans ce qui serait une patrimonialisation ouverte, que le numérique permet de penser, dans la mesure il est à la fois lobjet, sa propre documentation et ses conditions de diffusion.

Le concept a une valeur heuristique en ce sens qu'il mobilise à la fois les théories du patrimoine et la question de la reproduction ouverte par Benjamin et réactualisée avec linscription dans la culture numérique en réseau.

Quelles incidences sur les orientations et les cursus? Comment ce concept remet-il en jeu des découpages disciplinaires du point de vue institutionnel comme du point de vue des savoirs? Comment remet-il en question la coupure établie entre formations professionnelles et formations à la recherche? La question de la technologie doit-elle être posée en termes de savoir-faire ou plus largement en termes de culture informationnelle?

Axe 2 Production, diffusion, appropriation des ressources numériques.

Si la numérisation du patrimoine est motivée par des discours d'intérêt général mettant en jeu la conservation (documentation et préservation) des objets sources et la diffusion de ressources en direction des publics, les choix de numérisation sont, en revanche, moins bien clarifiés.

La mise en conformité des données et documents numériques progresse en ce qui concerne les normes d'accessibilité et d'interopérabilité imposées par les évolutions de lenvironnement numérique (métadonnées, encodage, etc.).

En revanche, les questions d'usage et d'appropriation de la documentation à différents niveaux produite par les archives, les bibliothèques et les musées, donnent lieu à des interprétations diverses.

La structuration des données, lusage des langages documentaires aussi bien que la conception dinterfaces de consultation informent une édition numérique tous médias. La tendance à la mise en ligne exhaustive des fonds conservés donnent aux ressources documentaires un place majeure au regard des usages de documentation, notamment dans le cadre des pratiques académiques. Comment comprendre cette inflation documentaire? Quelles interfaces pour quels usages professionnels? Par ailleurs, les développements contemporains du Web 2.0 redéfinissent les relations entre les institutions et les publics et remettent en jeu ce qui était le coeur des compétences des institutions patrimoniales : quelle place pour de nouvelles indexations (folksonomies)?

Ces nouvelles situations de coopération jouent en retour sur les pratiques professionnelles. Comment les formations académiques intègrent-elles les savoir-faire liés à lexploitation des données et de la documentation numérique? Comment la formation au patrimoine intègre-t-elle les perméabilités entre linstitution et son environnement numérique ?

Axe 3: Institutions patrimoniales, enseignement et recherche : l'invention de nouvelles formes d'édition numérique.

De nouvelles formes de publication numérique émergent qui expérimentent l'instrumentation de corpus de documents déterminés par les besoins de létude et de la recherche : traitement de masses de données et documents, visualisation, représentation des connaissances, chronologies et spatialisations dynamiques) : la mise à disposition et lédition des documents se modifie et se complexifie sans cesse. Sur ce terrain, la mise au jour des activités de recherche des institutions patrimoniales et académiques est réactualisée, prend des formes inédites et renouvelle es modalités des collaborations scientifiques. Dans le cadre de leur mission scientifique, certaines institutions patrimoniales mettent en œuvre des réalisations numériques à partir de fonds documentaires, conservés localement ou mutualisés. Elles peuvent également coopérer avec des équipes de recherche extérieures pour favoriser lexploitation de corpus, à la demande des chercheurs. Au-delà daccords de mise à disposition des sources numériques, ces nouveaux développements reposent sur des partenariats entre les institutions patrimoniales et des communautés de chercheurs.

En quels termes penser ces nouvelles coopérations entre conservateurs, documentalistes, ingénieurs, techniciens, chercheurs en SHS, dès lors quelles mettent en présence des institutions, des corps et des professions dont les compétences mais également les cultures diffèrent ? Ces ouvertures éditoriales requièrent la possibilité de lexpérimentation et louverture à la créativité : comment les institutions peuvent-elles leur faire place ? Comment les filières orientées vers les métiers du patrimoine et celles de la recherche dans les disciplines des Sciences humaines et sociales prennent-elles en compte ces nouvelles orientations ?

Axe 4 : Penser de nouveaux modèles économiques et juridiques

La numérisation du patrimoine entraîne de nouvelles situations de travail dans le monde professionnel: l'architecture des projets numériques demande l'intervention de plusieurs corps professionnels sans que les normes qui président à leur élaboration soient clairement établies. Quelles sont les balises qui pourraient servir de repères pour la mise en place de projets culturels numériques? Le projet Europeana illustre à la fois ces nouvelles situations de travail et leurs implications sur le plan juridique, notamment en ce qui concerne le droit de la propriété intellectuelle. La numérisation nécessite par ailleurs de nouveaux moyens sur le plan économique : nassiste-t-on pas à de nouveaux modèles marqués à la fois par des politiques et des investissements publics inédits et par la recherche de partenariats public-privé à concilier avec des missions de service public? Comment l’’actualité de lOpen data et de la réutilisation des données publiques croise-t-elle la problématique du patrimoine numérique ? Les institutions patrimoniales, institutions scientifiques par essence, ne sont-elles pas aussi aujourdhui des entreprises de services dans l'économie du web, à côté des moteurs de recherche mais aussi en concurrence avec eux ?

Les contributions souhaitées peuvent émaner des professionnels des institutions patrimoniales, des agences de services dans le domaine du patrimoine, des responsables de formations spécialisées dans les filières du patrimoine ou dans les filières des SHS engagées dans le numérique

Calendrier et informations pratiques

2 mars 2012 : soumission dun résumé de maximum 1000 mots (hors bibliographie) à ladresse bernadette.dufrene@orange.fr . La soumission sera précédée dune page de garde reprenant : le nom et le prénom du ou des auteurs / contributeurs ; les titres, fonctions et institutions des auteurs / contributeurs; les coordonnées : adresse postale, téléphone, fax, courrier électronique ;

30 mars 2012 : Réponse du comité scientifique

1er juin 2012 : Soumission de la communication complète. Les communications présentées seront susceptibles de faire lobjet dune publication..

Comité scientifique:

Labex Arts H2H:

Yves Abrioux, Paris 8

Denis Bruckmann,BnF

Bernadette Dufrene, Paris 8

Madjid Ihadjadene, Paris 8

Remi Labrusse, Paris10

Elsa Marguin, Archives nationales

Isabelle Moindrot, Paris 8

CNAM :

Ghislaine Chartron

Dominique Ferriot

Manuel Zacklad

Ecole nationale des Chartes :

Florence Clavaud

Ecole nationale de restauration et de conservation des biens culturels d'Alger :

Nacéra Benseddik

Institut national du Patrimoine:

Gennaro Toscano

Institut du Patrimoine, Tunis:

Soumaya Gharsallah

Université de Laval:

Philippe Dubé

Milad Doueihi

Université Paris1:

Corinne Welger

Université de Poitiers :

Nabila Oulebsir

Comité organisateur:

Marie-Cécile Bouju, Paris 8, Bernadette Dufrene, Paris 8, Elsa Marguin, Archives nationales,

Axel Bourgeois, Paris 8, Muriel Flicoteaux, Benjamin Barbier.

jeudi 9 février 2012

Colloque "Les assignations de genre dans les médias"

IEP RENNES

14-16 mars 2012

Organisé par Sandy Montañola (CRAPE, Rennes 1), Aurélie Olivesi (LERASS, Montpellier 3) et Béatrice Damian-Gaillard (CRAPE, Rennes 1)

Mercredi 14 mars

13H30 – 14H00 : accueil des participants

14H00 – 15H00 : ouverture du colloque ;

Erik NEVEU, directeur-adjoint du CRAPE,

Sandy MONTAÑOLA, Aurélie OLIVESI, Béatrice DAMIAN-GAILLARD, organisatrices du colloque.

15h-16h30 : session 1

Discutante, Sandy MONTAÑOLA, MCF, CRAPE, Rennes 1

Chercheure invitée : Isabelle Gavillet, MCF, CREM, Metz

Marion DALIBERT, doctorante, GERIICO, Lille 3

« Le genre construit-il la race dans le discours d’information ? »

Jeudi 15 mars

9h30 : accueil

10h-11h15 : session 3

Discutante : Sylvie OLLITRAUT, CR1, CRAPE, CNRS, Rennes 1

Stéphanie KUNERT, docteure, CELSA / GRIPIC, Paris 4, Post-doctorante IEC/ CARISM, Paris 2

« Stéréotypes de genre en publicité. Des affinités d’une forme médiatique avec l’assignation de genre »

Jean-Claude SOULAGES, PU, ICOM, Lyon 2

« Les mascarades du féminin ou l’illusion des apparences »

Questions session 3

16h30-16h45 : pause

16h45-18h : session 2

Discutante : Béatrice DAMIAN-GAILLARD, MCF, CRAPE, Rennes 1

Elise VINET, MCF, GREps, Lyon 2 et Stéphanie GOSSET, M2R, Institut de Psychologie, Lyon 2

« La (re)présentation de l’allaitement dans la presse parentale française : renforcement

des stéréotypes ou écarts à la norme ? »

Laetitia BISCARRAT, doctorante, MICA, Bordeaux 3

« Figure de la mère célibataire dans un programme de téléréalité : une réassignation de genre sous conditions »

Questions sessions 1 et 2

11h15-12h45 : session 4

Discutante : Isabelle GAVILLET, MCF, CREM, Metz

Chercheure invitée : Fabienne MARTIN-JUCHAT, PU, Grenoble 3

Mélie FRAYSSE, doctorante, SOI-PRISSMH, Toulouse 3

« Masculinité hégémonique et féminités : modèles de genre et positionnement journalistique dans les revues de VTT »

Questions session 4

12H45 – 14H15 : buffet

14h15-15h15 : session 5

Discutante : Aurélie OLIVESI, ATER, LERASS, Montpellier 3

Ionela BALUTA, MCF, Faculté de Sciences Politiques, Université de Bucarest

« Le genre du corps dans la Roumanie post-communiste : l’exacerbation de la “féminité” des femmes politiques »

Carmen DIOP, doctorante, Paris 5

« Des femmes africaines sur le web. Présentation de soi et mise en scène du corps

genré »

15H15 – 15H30 : pause

15h30-16h25 : session 6

Discutante : Christine GUIONNET, MCF, CRAPE, Rennes 1

Fanny BUGNON, docteure, CERHIO, Angers, post-doctorante, Centre Emile Durkheim,

Bordeaux

« Le corps des terroristes. Médiatisation et dispositifs de genre dans la presse française (1970-1994) »

Questions sessions 5 et 6

Vendredi 16mars

8h30-8h45 : accueil

8h45-10h45 : session 7

Discutant : Christophe GIMBERT, MCF, CRAPE, Rennes 1

chercheure invitée : Geneviève Sellier, PU, Bordeaux 3, membre de l’IUF

Sarah SEPULCHRE, Chargée de cours, Ecole de Communication, Institut langage et communication, Université catholique de Louvain

« Les duos homme-femme dans les séries reproduisent-ils les oppositions actif/

passive, rationnel/irrationnelle ? Le cas des associations entre scientifique et policier »

Gabrielle TRÉPANIER-JOBIN, doctorante GERSE, Homo Ludens, Université du Québec à Montréal

« Le rôle de la parodie dans le dépassement des assignations de genre »

Questions session 7

11h-13h : session 8

Discutante : Marlène COULOMB-GULLY, PU, LERASS, Toulouse 2

Alex DROUIN, assistant de recherche et Mireille Lalancette professeure agrégée,

Département de lettres et communication sociale, Université du Québec à Trois-Rivières

« Charger, flatter et fouetter : une étude des représentations du genre dans la caricature politique »

Sandrine LÉVÊQUE, MCF et Frédérique Matonti, PU, CESSP, Paris 1

« Martine Aubry est-elle une femme ? Les identités sexuées impossibles des femmes de pouvoir »

Juliette CHARBONNEAUX, doctorante GRIPIC-CELSA, Paris 4

« Le portrait d'Angela Merkel en chancelière. Approche comparative des traitements du Monde et de la Frankfurter Allgemeine Zeitung »

Questions session 8

12H45 – 14H00 : repas

14h-15h15 : session 9

Discutante : Cégolène FRISQUE, MCF, CRAPE, Rennes 1

Natacha ORDIONI, MCF HDR, Babel, Toulon

« Garder la frontière : le discours de la presse écrite sur l’avancée en mixité »

Maya PALTINEAU, doctorante CADIS, EHESS

« La nouvelle image du père dans la presse écrite et audiovisuelle »

Questions session 9

15H15 – 16H15 : synthèse du colloque ; Delphine DULONG, MCF, Paris 1

mercredi 8 février 2012

Séminaire "Philosophie du web"

Philosophie du web. Quel avenir pour la philosophie au XXIe siècle ?

Ce séminaire a pour but d'examiner les questions philosophiques posées par le web tout en réfléchissant à l'avenir de cette discipline aussi bien au plan théorique que pratique. Les séances du séminaire réunissent deux chercheurs pour une présentation et un dialogue sur une demi-journée en Sorbonne (salle Lalande) suivie d’une discussion le lendemain au Centre Pompidou (salle Triangle).

Initiative financée par le Collège des écoles doctorales de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et l’Institut de recherche et d’innovation du Centre Pompidou. Avec le concours de la revue Implications philosophiques.

//Organisation//

Alexandre Monnin (Paris 1, IRI, INRIA, CNAM) et Harry Halpin (IRI, W3C)

Avec le soutien de Madame le Professeur Sandra Laugier pour la composante EXeCO de PHICO.

//Présentation//

La création du Web est l’un des événements majeurs à la charnière du XXe et du XXIe siècle. Pourtant, son impact n’a guère été mesuré à la lumière des questionnements philosophiques fondamentaux. Le Web, sous sa guise actuelle, tel qu’établi sur les fondations de l’Internet, se conçoit à la manière d’un espace informationnel – l’espace de toutes les entités porteuse d’intérêt identifiées par des URIs (Uniform Resource Identifiers, tel que « http://www.example.org »). Originellement présenté comme un hypertexte tissant des liens entre documents, son instance actuelle évolue rapidement, s’apparentant de plus en plus à une plateforme computationnelle centrée sur le calcul. Autre évolution, plus profonde encore, on assiste au devenir ou à la reprise (cela, précisément, nécessite d’être évalué) de concepts philosophiques parmi les plus important que la tradition ait légués : objet, nom propre, ontologie. Chacun à leur manière, ils acquièrent à l’échelle du Web une vie nouvelle sous la forme d’artefacts techniques : « ressources », URIs, ontologies.

Un tel mouvement, qui ne saurait demeurer à sens unique, vers les objets qui leur ont succédé, interroge également le statut des concepts ainsi arraché à leur contexte d’origine. Philosophe-t-on aujourd’hui comme hier avec la mêmes matière et de la même manière ? Y a-t-il encore un sens à se situer à l’intérieur de traditions bien établies telles que la phénoménologie ou la philosophie analytique, lors même que leurs concepts franchissement allègrement les frontières usuelles, et que la discussion se poursuit ailleurs, dans un idiome en surface, mais en surface seulement, identique à celui qui l’a précédé ?

Au cours des quinze dernières années, les débats autour du nom propre se sont en effet poursuivis en philosophie comme si de rien n’était, sans éclat notable. Dans le même temps, les architectes du Web se saisissaient de cet objet sémiotique, remis au goût du jour à partir des années 60 à la suite des travaux de R.B. Marcus, dont les philosophes usent pour décider de questions métaphysiques relatives à l’identité. Sans en modifier volontairement la définition, ils en firent le premier pilier du Web, qui allait permettre de répondre à la lancinante question du rapport entre mots et choses – d’une manière totalement inédite.

A mesure que ce mouvement se poursuit, le philosophe voit sans toujours en prendre conscience ses outils de travail lui échapper. La conséquence en est une véritable prolétarisation. Douce et passive, cependant, dans la mesure où l’activité se poursuit « comme si de rien n’était ». Certains signes ne trompent pas. D’aucuns ont ainsi tranché dans le vif, à l’instar de Barry Smith qui ne se dit plus philosophe[1] aujourd’hui mais « ontologue », œuvrant désormais dans le seul domaine de l’ingénierie des connaissances, au design de systèmes informationnels. Quant aux architectes du Web, ces « ingénieurs philosophiques », comme les qualifie Tim Berners-Lee, ils mobilisent la philosophie en vue d’une finalité proprement poétique et non théorétique : concevoir et maintenir les propriétés essentielles du Web. Ce qui ne constitue pas, à dire vrai, le moindre des effets de l’activité intellectuelle. A mesure que se transforment les supports de connaissance, on peut supposer, à l’aune des théories de l’esprit contemporaines[2], les humains et les objets du savoir condamnés à se modifier à leur tour. La philosophie fut une discipline issue de l’alphabet et du livre, quel tournant se prépare-t-elle à emprunter aujourd’hui, à l’heure de ce que Sylvain Auroux nommait une nouvelle « révolution de la grammatisation »[3] dont le Web est porteur?

Toutes ces activités ingénieriales se laissent aisément décrire, en modifiant pour la circonstance l’adage de Clausewitz, comme « la Philosophie continuée par d’autres moyens ». Moyens qui ne sont pas tous adventices, au contraire. Seule une attention redoublée aux médiations nouvelles, observées et tissées par « l’ingénierie philosophique », permettra d’élargir nos catégories en les soumettant à l’évaluation des non-humains qui peuplement désormais notre monde. En cause, une rupture qui n’a rien de comparable au fait de troquer un a priori (ou une epistémè) pour un autre. Comme l’a bien vu Ian Hacking[4], ces notions sont bien trop massives. Nous ne changeons pas de lunettes, c’est le monde lui-même qui a changé. N’étant plus composé des mêmes entités canoniques qu’autrefois, enrichi de détails inédits, il convient d’en renégocier la cartographie ontologique (l’« ontographie »?), quitte pour cela à accomplir un travail attentif à tous les acteurs qui nous mettent en présence de ces nouveaux territoires (ingénieurs, recommandations, URIs, langages, comités de standardisation, documents, moteurs de recherches, index, etc.). Aucune métaphysique empirique ne peut décider de leur « nature », de leurs agencements ou de leur nombre sans préavis. L’enjeu, la détermination du « collectif » (B.Latour), impose donc de demeurer en lisière de la philosophie, là-même où circulent de nouveaux objets[5] qui, une fois rapatriés en son sein, ne sauraient manquer d’en accélérer la mutation. Nous estimons le Web, plus que tout autre, doté de cette capacité, et de notre devoir de nous atteler à cette tâche.

Notes

[1] An Introduction to Ontology (Part 4): Why I Am No Longer a Philosopher (or: Ontology Leaving the Mother Ship of Philosophy), http://www.viddler.com/explore/palexander/videos/8/

[2] Que l’on pense à la théorie du support en France, défendue par Bernard Stiegler et Bruno Bachimont ou à la thèse de « l’esprit étendu » (extended mind) d’Andy Clark et David Chalmers. Ajoutons-y les tentatives effectuées par Peter Sloterdijk ou Bruno Latour, de dépasser le dualisme Nature/Culture ou Nature/Société, l’homme s’étant toujours-déjà ouvragé lui-même, grâce à ses objets techniques et aux espaces artificiels qu’il (se) crée.

[3] Selon l’expression de sylvain Auroux dans La révolution technologique de la grammatisation, Liège, Mardaga, 1994.

[4] Historical Ontology, Harvard UP, 2002, p. 5.

[5] Parmi ces nouveaux objets, certains ont été examinés dans le détail par d’autres courants disciplinaires auxquels il convient dès lors d’emprunter. Un exemple suffira : l’analyse des standards, essentiel pour comprendre le Web en son architecture, n’a guère motivé les philosophes, quand elle a donné lieu, dans le même temps, à de remarquables analyses, notamment sous la plume de Laurent Thévenot (voir par exemple son article pionnier sur «Les investissements de forme », in Thévenot, L. (éd.) Conventions économiques, Paris, Presses Universitaires de France (Cahiers de Centre d’Étude de l’Emploi), pp.21-71.).

//Programme des séances//

3 mars (14h00-17h00), Salle Lalande (Sorbonne) et 4 mars (10h00-17h00), Salle Triangle (Centre Pompidou)

• Blaine Cook (ex-développeur de Twitter,

• Michal Osterweil (The University of North Carolina at Chapel Hil)

31 mars (14h-17h00), Salle Lalande et 1er avril (10h00-16h00), Salle Triangle

• Andy Clark (University of Edimburgh)

• Michael Wheeler (University of Stirling)

14 avril (14h00-17h00), Salle Lalande et 15 avril (10h00-17h00), Salle Triangle

• Patrick J. Hayes (Institute for Human and Machine Cognition)

• Christopher Menzel (Texas A&M University)

12 mai (horaires à déterminer), Salle Lalande et 13 mai (10h00-17h00), SalleTriangle

• François Rastier (CNRS, INALCO,) « Sémantique et idéologie du Web sémantique »

• Yorick Wilks (Oxford Internet Institute, University of Sheffield, Florida Institute for Human and Machine Cognition,)

19 mai (horaires à déterminer), Salle Lalande et 20 mai (10h00-17h00), Salle Triangle

• Anthony Beavers (The University of Evansville, International Association for Computing And Philosophy) : « The Philosophy of Information and the Structure of Philosophical Revolutions »

9 juin (horaires à déterminer), Salle Lalande et 10 juin (10h00-17h00), Salle Triangle

• Aldo Gangemi (CNR)

• Valentina Presutti (CNR)

• Florie Bugeaud (Nekoe)

Date à déterminer au mois de juin (sur une journée) :

• Bernard Stiegler (Institut de Recherche et d’Innovation, Ars Industrialis,)

• Bruno Bachimont (Université de Technologie de Compiègne, INA)

mardi 7 février 2012

Appel à communication revue Communication

« LE POUVOIR DES FICTIONS AUDIOVISUELLES »

Dossier thématique coordonné par Céline Bryon-Portet, Maître de conférences habilitée à diriger des recherches

Ce numéro de la revue Communication se propose d’étudier le pouvoir d’influence des fictions cinématographiques et télévisées, tant au plan individuel qu’au niveau sociétal.

Longtemps ravalées au rang de simples productions divertissantes, avec tout ce que cette catégorisation comporte de péjoratif depuis que la philosophie pascalienne a vu dans le divertissement une activité futile et dérisoire entre toutes, les fictions audiovisuelles sont pourtant bien plus que des histoires imaginaires frappées d’irréalité. Les chercheurs leur reconnaissent aujourd’hui la capacité de modifier les représentations mentales des spectateurs, voire même de changer leur comportement.

Au niveau individuel, les études pionnières de Henry Jenkins[1] sur les fans des séries télévisées, notamment, montrent que la notion de participation est primordiale lorsque l’on veut étudier le phénomène de la culture fan. Les travaux de Dominique Pasquier[2], en France, sur la série Hélène et les garçons, soulignent les processus d’identification des téléspectateurs à des personnages qu’ils considèrent comme des modèles à imiter, et la fonction d’apprentissage de la vie amoureuse que ces fictions télévisées remplissent auprès des jeunes publics, grâce à leur réalisme émotionnel. Ce processus d’identification, lorsqu’il se trouve exacerbé et décliné sur un « mode mimétique élevé »[3], peut amener certains fans de super-héros à se comporter comme leur idole fictive, comme c’est le cas aux Etats-Unis (notamment dans la ville de Cincinnati), où des vengeurs masqués qui se font appeler Batman, Superman ou Wonder Woman, concurrencent la police en tentant d’arrêter des criminels.

L’on peut donc aller jusqu’à se demander si certaines fictions audiovisuelles ne jouent pas un rôle assez similaire à celui que joue le mythe dans les sociétés traditionnelles, lequel représente un « exemple concret de la conduite à tenir »[4] et est « vivant, en ce sens qu’il fournit des modèles pour la conduite humaine et confère par là même signification et valeur à l’existence »[5].

Au niveau sociétal, les fictions audiovisuelles participent également de la construction sociale de la réalité, grâce à l’univers diégétique qu’elles élaborent. Les travaux menés par Sabine Chalvon-Demersay[6] et Guillaume Le Saulnier[7], par exemple, ont montré que les héros fictifs des séries policières possèdent une véritable influence sur l’image que l’opinion publique possède du métier de "flic". Les nombreuses séries qui mettent en scène, depuis une dizaine d’années, le métier d’urgentiste ou de médecin (Urgences, Grey’s anatomy, Dr House…), sont également aptes à transformer les représentations existantes, voire à créer des vocations. D’autres études ont souligné la capacité d’une série comme Plus belle la vie à faire passer des messages idéologiques et politiques auprès des téléspectateurs, sur des thèmes tels que le don d’organes, l’homosexualité et la diversité socioculturelle[8], ou encore à valoriser l’image d’un territoire, en l’occurrence l’image de la ville de Marseille[9]. De la même manière, des films comme Le Bonheur est dans le pré et Bienvenue chez les ch’tis ont contribué à véhiculer une image positive du Gers et de la région Nord-Pas-de-Calais, en construisant puis diffusant une véritable identité socioculturelle autour de la convivialité et du bien-vivre, ainsi qu’en ont témoigné la presse locale ainsi que différentes enquêtes[10]. Enfin, des chercheurs se sont demandés si la présence d’un Président des Etats-Unis noir dans la série 24h00 chrono (le Président David Palmer), n’avait pas aidé les américains à se familiariser à cette idée, à faire tomber certains préjugés racistes et par conséquent à faciliter l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, tandis que certains journalistes, à l’instar de Brian Stelter du New York Times, préfèrent considérer la série pionnière The West Wing (diffusée en 1999 et 2006 sur NBC), comme la fiction qui joua le rôle de déclencheur, à travers le Président hispanique Matthew Santos[11].

Cette (re-)construction de la réalité paraît en outre favorisée par la confusion croissante qui existe aujourd’hui entre la fiction et la réalité, à travers la création de genres hybrides, empruntant tout à la fois à la fiction et au documentaire, mélangeant « mode fictif » et « mode authentifiant »[12], au point d’aboutir à des productions « transgénériques »[13]. Le développement du storytelling participe également d’un brouillage des frontières et d’une transformation représentationnelle[14]. Cette influence des fictions est telle que d’aucuns dénoncent leur pouvoir potentiellement manipulatoire. Les uns pointent leur aptitude à modifier la réalité, tandis que les autres les accusent d’être des instruments de propagande qui naturalisent des rapports de domination existants[15]. Enfin, il convient aussi de prendre en compte les bouleversements qu’entraînent dans ce domaine les dernières innovations techniques, et plus précisément la convergence des écrans (par exemple, l'arrivée de iTV chez Apple), ou encore l’interconnectivité des écrans avec le réseautage (par exemple, le phénomène grandissant du visionnement sur demande et du « média social » qui permet aux téléspectateurs-internautes de réagir en direct aux diffusions d’émission-événement), susceptibles d’avoir un impact non seulement sur la production des fictions, mais aussi sur leurs effets.

Les contributions attendues pour ce dossier thématique s’interrogeront donc sur ce pouvoir d’influence des fictions audiovisuelles. Elles prendront la forme d’essais théoriques ou d’études de cas, et pourront explorer, par exemple, les questions et problématiques suivantes :

- Y-a-t-il une spécificité des fictions audiovisuelles ? Les séries télévisées, notamment, possèdent-elle un pouvoir d’influence supérieur aux autres fictions (littéraires, par exemple), par le climat d’intimité et la complicité[16] qu’elles forgent autour du téléspectateur, voire la confusion qui peut s’établir entre un personnage fictif et le comédien qui l’incarne, au point de conférer une existence quasi réelle au premier[17] ?

- Ce pouvoir d’influence est-il en train de croître avec le développement de « docu-fictions », ou encore de séries télévisées qui se présentent comme de véritables critiques sociales[18], à l’instar de Hill Street Blues, Law & Oder, Nip Tuck, Les Sopranos et Desperate housewises, qui dénoncent implicitement les travers d’une société en crise ?

- Quel est le rôle joué par « l’effet de réel » sur ce pouvoir des fictions ? Et sur quels principes narratifs et techniques repose cet effet de réel[19] ?

- Comment se réalisent les processus d’identification des cinéphiles et des téléspectateurs à leurs personnages de fiction favoris ?

- Comment s’effectue la modification des représentations mentales, chez les cinéphiles et les téléspectateurs ? Et comment s’opère le passage de la modification des représentations mentales à la modification comportementale ?

- Quelles représentations socioculturelles les séries télévisées contemporaines sont-elles en train de modifier ?

- Ne peut-on pas craindre que cette reconstruction de la réalité soit sujette à des manipulations volontaires ? Peut-on aller jusqu’à parler de propagande, pour certaines fictions audiovisuelles ?

- Quel est le pouvoir de résistance du spectateur face à une instrumentalisation possible des ressorts idéologiques des fictions audiovisuelles ?

- Quelles sont les limites de ce pouvoir d’influence des fictions ? Comment les fans s’approprient-ils à leur tour leurs productions télévisuelles préférées par le biais de contributions amateurs sur le Web, de la simple discussion entre fans sur des blogues et forums (pouvant influencer éventuellement les scénaristes) aux détournements, mash-up et autres « mêmes » réalisés à partir des œuvres, sans oublier des créations originales qui court-circuitent les réseaux de production et de diffusion traditionnels des industries culturelles ?

- Certaines fictions télévisuelles peuvent-elles devenir des mythes, et endosser des fonctions similaires aux anciens récits mythiques ?

- Comment le storytelling, qui procède à une mise en récit de plus en plus utilisée comme outil à des fins politiques et de marketing, peut-il s’apparenter à un processus de mythification et actualise-t-il la question des frontières/recouvrements entre récit et fiction ?

Calendrier :

- 20 mars 2012 : date limite d’envoi des propositions d’articles sous la forme d’un résumé de 3500 signes environ (espaces compris), à Céline Bryon-Portet. Courriel : celine.bryonportet@ensiacet.fr

- 5 avril 2012 : notification aux auteurs de la décision du comité de coordination.

- 15 septembre 2012 : date limite d’envoi des articles (entre 40 000 et 60 000 signes, espaces non compris) au comité de coordination qui les transmettra à la revue Communication pour évaluation. La direction de la revue accusera réception et avisera les auteurs de la constitution des comités de lecture.

Procédure et consignes :

Chaque proposition d’article sera évaluée à l’aveugle par un comité de lecture composé de lecteurs experts.

Les auteurs devront se conformer aux normes éditoriales en vigueur au sein de la revue Communication. Le guide de consigne aux auteurs est téléchargeable à partir du lien suivant :

http://communication.revues.org/index2590.html

vendredi 3 février 2012

CFP: Emerging methods for digital media research

Special Themed Issue of the Journal of Broadcasting& Electronic Media

(JOBEM), March 2013.

Guest Editors:

Jean Burgess (QUT)

Axel Bruns (QUT)

Larissa Hjorth (RMIT)

ARC Centre of Excellence for Creative Industries& Innovation

Editor: Zizi Papacharissi

With the rise of 'big data', locative media, and smartphones, existing media and communication studies methods are being recombined, reconfigured and replaced alongside their objects of study. This special issue of JOBEM seeks to expose new research methods for understanding the changing nature of the content industries, the impact of digital media on the practices of creative workers, and the experiences of everyday users of digital media technologies.

We welcome papers based in the humanities and social sciences that reflect on, discuss or critique current methodological trends in digital media research, shedding light on the following questions:

1. Where are the emerging methodological gaps - are there pressing research problems that require the development of new methods, techniques and tools?

2. Where are there needs for new combinations of methods, within or across disciplines?

3. What are the implications for future pedagogical models in internet, media and communication studies, including doctoral education and other forms of research training?

We especially welcome papers grounded in the experience of conducting empirical digital media research. However we will give preference to papers that contextualise, historicise, and reflect on current methodological trends; rather than simply report on the applications or results of new methods.

Abstracts of 250 words are due by 31 March, 2012. Depending on the number of abstracts received, we may shortlist submissions at this stage. Please email your abstract and a list of 3 or 4 suggested peer reviewers to:

jobem.edm@gmail.com.

Full articles of no more than 7000 words should be submitted on or before 1 August, 2012 at: http://mc.manuscriptcentral.com/hbem (select 'Special Issue: Emerging Digital Methods' as a manuscript type).